J'ai été patron. Je sais ce que c'est que d'avoir peur le dimanche soir.

Le dimanche soir, vers 19h, il y a un poids qui s'installe. Pas un gros choc, juste une masse là, au creux du ventre. Demain c'est lundi. Et tout ce qui n'a pas été fait la semaine dernière vous attend.

Si vous êtes dirigeant, vous connaissez cette sensation.

Ce que les gens voient, c'est le chef. Celui qui décide, qui tranche, qui avance. Ce qu'ils ne voient pas, c'est le doute. Les nuits où vous vous demandez si vous avez pris la bonne décision. Les matins où vous regardez le plafond en vous demandant comment boucler le mois.

Le plus dur dans le métier de patron, ce n'est pas le travail. C'est la solitude.

Parce qu'on ne peut pas tout partager avec son équipe. Montrer une faiblesse, ça peut être perçu comme un signal de fragilité. Avec ses proches, c'est compliqué aussi : ils s'inquiètent, ils veulent vous protéger, mais ils ne sont pas dans le concret.

Alors on serre les dents. On fait semblant. C'est épuisant.

Moi, j'ai connu ça. La peur du dimanche soir, je l'ai vécue intensément entre 2008 et 2010. Et quand la liquidation est arrivée, je me suis retrouvé seul avec mes questions. Six mois dans ma maison à ressasser.

Aujourd'hui, quand je vois un dirigeant qui porte tout sur ses épaules, je reconnais le regard.

C'est pour ça que j'ai accepté la présidence de l'AREB. Une association de patrons qui se réunissent une fois par mois pour parler vrai. Pas pour faire du réseau, pas pour vendre. Pour se dire : « Moi aussi, ça m'arrive. »

Parce que le plus dangereux, dans l'entrepreneuriat, ce n'est pas le marché, la concurrence ou la conjoncture. C'est la solitude. Et elle se soigne en parlant.

Alors si vous lisez ceci et que le dimanche soir, vous avez cette masse dans le ventre, sachez une chose : vous n'êtes pas seul. Et parfois, un café avec quelqu'un qui comprend, ça change tout.

Un café, ça se prend à deux. Je suis partant.