Pourquoi le TRI ment dans vos business plans
Trois chiffres suffisent à retourner une conviction bien installée. Les voici : 50 %, 51 %, puis 61 contre 140.
La fable des deux investisseurs
C'est une fable, pas un témoignage. Un cas d'école construit par l'équipe du Vernimmen dans sa lettre d'avril 2026, et que je n'ai pas réussi à oublier depuis.
Deux investisseurs. Départ : 30 000 € chacun. Trois ans plus tard, 180 000 € chacun. Un TRI (taux de rentabilité interne) de 82 % l'an. Le genre de chiffre qui fait taire une salle de présentation. Chacun réinvestit 80 000 €.
Treize ans plus tard : chez lui, 100 000 €. Chez elle, 500 000 €. Son second placement a rapporté du 15 % l'an ; le sien, du 1,7 % l'an. Douze fois moins bien.
Bilan de l'aventure sur seize ans : son TRI, 51 %. Le sien, 50 %.
Un point de pourcentage d'écart, pour douze fois moins de performance. Et si l'on mesure ce que chacun a vraiment gagné, en VAN (valeur actuelle nette, ce que l'investissement rapporte au-delà du coût du capital), le compte tombe : lui 61 000, elle 140 000. À coût du capital égal, 10 % l'an.
Pourquoi le TRI s'arrête de compter
Le TRI n'a pas triché. Il a compté exactement ce qu'on lui a donné. Mais à 50 % l'an, 30 000 € deviennent 101 000 € en trois ans : l'histoire était déjà écrite. Le premier flux faisait tout le travail. Tout ce qui venait ensuite, brillant ou médiocre, ne pouvait plus faire bouger le chiffre que d'un crin.
La lettre pousse la démonstration plus loin. Si le flux final de l'investisseur passait de 100 000 à 500 000 €, son TRI ne monterait qu'à 51 %. Si ce flux disparaissait complètement, il descendrait à peine, à 49 %.
Un chiffre auquel on peut retirer la moitié de l'histoire sans le prévenir. Réfléchissez à ce que ça implique pour un chiffre qui fait conclure.
Pourquoi c'est un problème pour vous
Parce que le TRI est partout : dans les business plans, les dossiers de financement, les pitchs de levée de fonds, les projets d'investissement que les banquiers vous demandent de justifier. Et le TRI a une mauvaise habitude : il flatte celui qui le présente.
- Un projet démarre vite ? Le TRI salue les trois premières années, puis s'endort.
- Un projet promet beaucoup tout à la fin ? Le TRI l'ignore presque.
- Deux projets très différents ? Le TRI peut les déclarer jumeaux.
Là où le TRI raconte un taux, la VAN raconte un montant : combien vous vous enrichissez, en euros, au-dessus de ce que coûte votre argent. L'écart 61 contre 140 est visible et mesurable. Le TRI le déclarait invisible.
La règle, et ce que le TRI garde
Pour choisir entre deux projets : comparez leurs VAN au même coût du capital. Toujours.
Le TRI garde des usages honnêtes : un premier tri entre projets, une lecture rapide du rendement annuel, une comparaison quand les projets sont de même taille et de même durée. Mais dès que les tailles, les durées ou les trajectoires de flux diffèrent, il n'a plus le droit de conclure. La VAN conclut. Le TRI, au mieux, confirme.
Ma sœur de fable n'avait rien d'un génie. Elle avait une règle : elle ne lisait jamais un TRI sans la VAN. Votre prochain business plan peut faire pareil.
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Questions fréquentes
Le TRI est-il inutile ?
Non, il reste un premier filtre utile pour comparer des projets de même taille et de même durée. Seul, il peut tromper : un TRI élevé peut ne venir que des trois premières années du projet.
Quelle est la différence entre TRI et VAN ?
Le TRI (taux de rentabilité interne) donne un taux annuel. La VAN (valeur actuelle nette) donne l'enrichissement en euros au-delà du coût du capital. Pour choisir entre deux projets, on compare les VAN.
Qu'est-ce qu'un bon TRI ?
Un TRI supérieur au coût du capital. Mais au-delà de ce seuil, un TRI élevé ne dit rien de la taille ni de la durée de l'enrichissement : la VAN complète toujours le TRI.
Comment juger un projet d'investissement ?
Comparer les VAN des projets au même coût du capital, tester la sensibilité aux hypothèses, puis regarder le TRI en complément. Jamais le TRI seul.
Source : La Lettre Vernimmen n°236 (avril 2026), question « Pourquoi dans le calcul d'un TRI d'un investissement très vite très rentable le flux final n'a-t-il plus d'importance ? ». Lire la lettre.